Nouvelles recommandations nutritionnelles américaines : et si le problème était nos biais ?

Les Dietary Guidelines for Americans 2025–2030 ont suscité de vives critiques depuis leur publication : trop politiques, pas assez alignées avec la science, trop favorables aux protéines animales, etc. A la lecture de ces critiques, une question revient : les auteurs ont-ils pris la peine de lire les recommandations en intégralité ? Ces dernières sont loin d’être en rupture avec l’état actuel des connaissances. Elles traduisent de nombreux points d’alignement avec la littérature et un effort notable de clarification des messages pour le grand public.

 

Priorité aux aliments peu transformés

Le lien entre consommation d’aliments ultra-transformés et obésité, diabète de type 2 ou maladies cardiovasculaires est désormais bien établi sur le plan épidémiologique. En santé publique, attendre des essais randomisés parfaits (qui ne passeraient pour la plupart aucun comité d’éthique) pour envoyer un message à la population n’est pas une condition nécessaire pour formuler des recommandations claires.

Réhabilitation des protéines de qualité

Des apports protéiques de sources animales et végétales plus élevés (1,2–1,6 g/kg/j) sont bien décris dans la littérature pour leur effet sur la satiété, la préservation de la masse musculaire, la santé métabolique et le vieillissement en bonne santé. Des besoins plus élevés étaient déjà recommandés pour plusieurs période de vie : croissance, grossesse/allaitement, 3-4ème âge, ménopause, période d’activité physique plus intense, etc. Il ne s’agit donc pas d’un positionnement idéologique mais d’un constat basé sur la physiologie et attesté par les professionnels sur le terrain.

Fin du “low-fat” généralisé

Les recommandations s’éloignent d’une approche strictement centrée sur les nutriments isolés. Elles insistent davantage sur la qualité globale des aliments et leur degré de transformation. Des aliments comme les œufs, certaines graisses animales et les produits laitiers entiers sans sucres ajoutés, ne sont plus systématiquement présentés comme délétères, tout en maintenant des repères clairs concernant les acides gras saturés (<10% de l’AET). 

Message simple et applicable

“Mangez de vrais aliments, cuisinez davantage, limitez les produits industriels.” En santé publique, la simplicité du message est un très bon levier d’efficacité. Les recommandations incluent également des éléments pratiques de lecture des étiquettes pour aider la population à réduire sa consommation de sucres ajoutés.

Ce qu’on feint d’oublier : la nutrition a toujours été politique !

Toutes les recommandations nutritionnelles ont été influencées par des contextes économiques, agricoles, culturels et institutionnels. Les débats récents autour de l’impact environnemental de l’alimentation et les dernières recommandations suisses de 2024 l’illustre bien. Feindre de découvrir cette influence politique aujourd’hui parce qu’elle vient de l’administration en place aux USA est au mieux naïf, au pire malhonnête. Le débat gagne à se concentrer sur le contenu scientifique et ses implications pratiques, plutôt que sur l’administration qui les publie.


Dans un contexte où >70% des adultes américains sont en surpoids ou en obésité, ces recommandations apparaissent comme une tentative de réduire la confusion nutritionnelle. Est-ce peut-être ce type de message clair et pragmatique dont la population a aujourd’hui besoin ?

Simon

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